Traducteurs: une nouvelle génération en quête de reconnaissance

Traducteurs: une nouvelle génération en quête de reconnaissance

La traduction, un art oublié ?
« Les traducteurs sont comme les peintres de portraits ; ils peuvent embellir la copie, mais elle doit toujours ressembler à l’original »-Élie Fréron

Chaque année, la journée mondiale de la traduction est célébrée le 30 septembre, jour de la Saint-Jérôme. Né à Stridon, dans l’actuelle Croatie, vers 331, ce dernier resta connu pour avoir été le traducteur officiel de la Bible en langue latine, la Vulgate. Ce fût au sein de son monastère en plein cœur de Bethléem (Cisjordanie) qu’il commença son travail par la modification de la version latine du Nouveau Testament dès 382. S’attaquant à l’Ancien Testament huit ans plus tard, cet exégète termina son œuvre vers 405. Depuis le jour de sa mort, un certain 30 septembre 420, il demeure le patron des traductrices et des traducteurs.
Plusieurs siècles plus tard, les jeunes traducteurs en quête d’expérience ont délaissé le monastère pour leur PC ou leur Macbook Pro, reclus dans leur petit appartement. Sortant à peine des études, beaucoup éprouvent bien des difficultés à débuter dans le métier. C’est notamment le cas d’Anoury Bettina Vannavong qui, à 25 ans, se heurte à un manque cruel de propositions.
Cette Laotienne d’origine avoue être « passionnée par les langues depuis toujours » car elle a vécu « dans un environnement où on devait facilement passer d’une langue à une autre ». C’est pourquoi elle s’est orientée vers une licence LEA anglais-espagnol.

La traduction, un monde secret et restreint

Comme toute étudiante, Bettina a dû passer par la case stage. « J’ai été traductrice au sein d’une agence de presse du Laos en 2009, puis pour Cineuropa, un portail web sur le cinéma européen à Bruxelles en 2010 avant de devenir chef de projet au sein de TranslateMedia London, une agence de traduction internationale ». En dépit de ce catalogue assez avantageux, la Laotienne éprouve de grosses difficultés depuis la fin de ses études. « Diplôme en poche, je me suis déclarée traductrice auto-entrepreneur, poursuit-elle avant de concéder, si la démarche reste facile, la recherche de clients, c’est autre chose ! »
Selon elle, « le manque d’expérience constitue un frein car les clients préfèreront se diriger vers un traducteur qui dispose de plusieurs années d’expérience ». Forte de ses compétences, Anoury Bettina Vannavong ne désespère pas. « Je pense que d’une manière générale et pas seulement dans ce contexte de crise, la traduction reste un monde secret et restreint. Comme un club où seuls quelques privilégiés y ont accès », évoque-t-elle tout en présentant les traducteurs comme des « hommes de l’ombre », d’où la difficulté pour les jeunes de prendre la relève.

Passez en auto-entrepreneur pour commencer

Un réseau peut, par ailleurs, devenir une force indispensable pour réussir dans cette discipline si difficilement domptable. Nelia Fahloun en sait quelque chose. Après avoir obtenu sa maîtrise d’anglais en 2002, ponctuée par un mémoire, cette traductrice indépendante est aujourd’hui à la tête de sa propre entreprise, et vit actuellement de sa passion.
Aujourd’hui, Nelia Fahloun traduit « depuis l’anglais et l’espagnol vers le français notamment des documents à forte composante rédactionnelle, de la communication d’entreprise et des document juridiques » et dispose d’un éventail de client qui sont « principalement des agences de traduction ». Malgré son succès, elle a conscience que la « principale difficulté pour les jeunes traducteurs est le manque d’expérience et parfois la qualité ». « Être traducteur indépendant nécessite un certain état d’esprit », explique-t-elle avant de développer: « il faut savoir gérer les périodes où il y a beaucoup de travail et celles où il y en a peu, avoir confiance en ses compétences, tout en sachant reconnaître ses erreurs ».
Ses conseils pour les jeunes traducteurs : « Trouver un stage assez long (3-6 mois), et surtout intéressant, dans une entreprise ou une agence de traduction. Il ne faut pas non plus négliger les compétences commerciales qui permettent de trouver et de garder des clients sur la durée. Enfin, il ne faut pas voir les autres traducteurs comme des concurrents mais comme des collègues ».

La traduction littéraire, un travail qui laisse beaucoup de libertés

Si en France trouver un travail dans ce domaine relève d’un vrai défi personnel, il existe d’autres pays où les étudiants doivent en plus faire en fonction du contexte économique. En Espagne, Miguel Ros González est parvenu à se défaire de ces obstacles avec brio. Cet habitant de Murcie, dans le sud du pays, s’est spécialisé dans la traduction littéraire. « J’ai commencé par une maîtrise en traduction et interprétation, en anglais et en italien », nous apprend-t-il avant de continuer sa vie actuelle: « aujourd’hui, je travaille comme indépendant et les maisons d’éditions entrent en contact avec moi, me proposent des livres à traduire, me donne un délai, plus ou moins long selon la taille et la difficulté de l’oeuvre, je leur rend puis ils me paient ». Lui voit beaucoup d’ouverture à sa discipline. « Ce qui est bien, c’est que c’est un travail qui te laisse beaucoup de liberté, tu t’organises comme tu le souhaites », se réjouit-il tout en nuançant avec le fait que c’est un emploi « très solitaire » et qu’un indépendant ne « peut pas avoir le droit au chômage même si, ce qui peut arriver, tu n’as aucun livre à traduire pendant un moment ».
Ses conseils pour les jeunes traducteurs :
« La première alternative serait de trouver un livre, pour ton propre compte, que tu aimes beaucoup et qui n’est pas traduit dans ton pays avant d’entamer le travail non fait et de proposer le résultat à des maisons d’éditions tout en vendant bien le bouquin. Une manière très efficace de se distinguer mais qui nécessite beaucoup de patience. »
« Le second moyen serait qu’une maison d’édition te contacte mais c’est très rare. En outre, il demande au traducteur un test, c’est à dire dix pages d’un livre compliqué à travailler. Si tu passes le test avec succès, la maison d’édition t’offre du travail. »
« Enfin, la troisième possibilité d’y arriver, et qui fonctionne bien, est d’écrire à une maison d’édition en leur disant que tu adores ce qu’ils font et que tu aimerais travailler pour eux. C’est comme cela que j’ai, pour ma part, obtenu mon troisième livre chez Turner Libros. Le plus important pour entrer dans ce monde très petit et fermé qu’est la traduction littéraire, est de s’armer de patience. »

Extrait d´un article de Anthony Poix publié dans Huffingtonpost France

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